Tahar - Expert comptable

Marketplaces : TVA, commissions et versements

TVA

19 August 2026

9 min

Panier métallique illustrant la vente sur les places de marché

Un e-commerçant qui vend sur une place de marché reçoit des virements réguliers. Ces virements sont nets de tout : nets des commissions de la plateforme, nets des frais de traitement, nets des remboursements accordés aux clients, et parfois nets d'une TVA que la plateforme a collectée à sa place.

Enregistrer ces virements comme des ventes est l'erreur comptable la plus répandue du commerce en ligne. Elle minore le chiffre d'affaires, fausse la TVA collectée, efface la TVA déductible sur les commissions et rend la marge par canal impossible à calculer. Elle crée surtout un écart avec les montants que la plateforme transmet directement à l'administration fiscale.

Le vendeur présumé : la plateforme achète puis revend

Depuis le 1er juillet 2021, l'article 14 bis de la directive TVA institue un mécanisme dit du vendeur présumé. Dans certaines situations, la place de marché est réputée avoir acquis le bien auprès de vous, puis l'avoir revendu au client final.

Une seule vente économique devient alors deux livraisons juridiques. Votre vente à la plateforme d'abord, exonérée de TVA. La vente de la plateforme au client final ensuite, sur laquelle la plateforme collecte la taxe et la reverse.

Ce n'est ni un service qu'elle vous rend ni une protection qu'elle vous offre. Elle devient redevable à votre place sur ce périmètre précis, parce que le législateur européen a jugé plus efficace de collecter auprès de quelques dizaines de plateformes qu'auprès de centaines de milliers de vendeurs.

Les deux cas d'application, et celui qui n'en est pas un

Premier cas : les biens importés dont la valeur intrinsèque n'excède pas 150 euros par envoi. Peu importe où vous êtes établi. Si la marchandise vient d'un pays tiers, que l'envoi ne dépasse pas 150 euros et que la vente passe par une interface électronique, c'est la plateforme qui doit la TVA. C'est la configuration typique du dropshipping vendu sur une place de marché.

Deuxième cas : les ventes à des particuliers, réalisées par un vendeur non établi dans l'Union européenne, portant sur des biens déjà situés dans l'Union. Ici la valeur n'a aucune importance. Le seul critère est le lieu d'établissement du vendeur.

Le cas qui n'en est pas un mérite autant d'attention, parce qu'il concerne la majorité des vendeurs français. Un vendeur établi en France, qui vend des biens déjà présents dans l'Union, reste le redevable de la TVA, y compris lorsque la vente est réalisée sur une place de marché. La plateforme encaisse pour votre compte, elle ne devient pas redevable à votre place. Croire l'inverse conduit à ne rien déclarer sur des ventes pour lesquelles la taxe est bel et bien due.

Un point pratique pour finir : quand le mécanisme s'applique, votre vente à la plateforme est exonérée mais elle reste une opération à déclarer. Elle ne disparaît pas de vos comptes, elle change simplement de ligne.

Ce que contient réellement un versement

Le montant viré recouvre systématiquement plusieurs opérations de sens opposé. Il faut les séparer avant toute écriture comptable.

Le chiffre d'affaires brut. Le prix total payé par les clients sur la période, taxe comprise, frais de port facturés inclus. C'est cette ligne qui constitue votre chiffre d'affaires, pas le virement reçu.

Les commissions de référencement. Un pourcentage prélevé sur chaque vente, variable selon la catégorie de produit, généralement compris entre 5 et 15 % sur les grandes plateformes généralistes. C'est une charge externe qui doit apparaître comme telle, pas une réduction du chiffre d'affaires.

Les frais de traitement et de logistique. Préparation de commande, expédition, stockage, gestion des retours. Même logique : ce sont des charges distinctes.

Les remboursements et annulations. Ils viennent en diminution du chiffre d'affaires de la période concernée, et la TVA correspondante doit être régularisée. Un remboursement enregistré en charge laisse une TVA collectée trop élevée.

Les retenues et réserves. Certaines plateformes conservent une fraction des ventes en garantie pendant plusieurs semaines. Ce montant vous appartient : c'est une créance à l'actif, pas une charge.

La logique rejoint celle d'une boutique en propre, où le versement du prestataire de paiement doit lui aussi être décomposé. La différence tient au nombre de postes à isoler, nettement plus élevé sur une place de marché.

La TVA sur les commissions, l'oubli le plus fréquent

Les grandes places de marché facturent leurs commissions depuis une entité établie dans un autre État membre. La facture arrive donc hors taxes, avec une mention d'autoliquidation.

Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de TVA. Cela signifie que c'est vous qui devez la déclarer. Vous portez la taxe sur ces prestations en TVA collectée et, au régime réel, en TVA déductible sur la même déclaration. L'opération est neutre en trésorerie, mais son absence constitue une infraction déclarative, et elle se repère sans effort lors d'un contrôle puisque les montants sont connus par recoupement.

Deux conditions pratiques commandent ce traitement. Disposer d'un numéro de TVA intracommunautaire valide, et l'avoir renseigné dans votre compte vendeur. À défaut, la plateforme vous facture avec la TVA de son propre pays, que vous ne pourrez récupérer qu'au terme d'une procédure de remboursement longue, souvent abandonnée en cours de route.

Pour un vendeur en franchise en base, la TVA autoliquidée sur les commissions n'est pas déductible. Elle devient un coût réel, qui s'ajoute à la commission elle-même.

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Les rapports de règlement ne suivent pas votre calendrier

Les plateformes règlent par cycles, souvent tous les quatorze jours. Ces cycles ne coïncident ni avec les mois civils, ni avec votre exercice comptable.

Un virement reçu le 5 mars contient donc des ventes de février et des ventes de mars. Comptabiliser ce virement au mois de sa réception décale mécaniquement une partie de votre chiffre d'affaires et de votre TVA d'une période sur l'autre. Sur une déclaration mensuelle, l'erreur se répète douze fois par an.

La méthode qui tient consiste à partir des rapports de transactions, filtrés par date d'opération et non par date de versement, puis à rapprocher le total théorique du montant réellement viré. L'écart doit s'expliquer ligne à ligne : réserve retenue, litige en cours, ajustement de frais. Un écart inexpliqué est presque toujours un poste oublié, rarement une erreur de la plateforme.

À la clôture, les sommes vendues mais non encore versées constituent une créance sur la plateforme. Les omettre revient à reporter une partie du résultat sur l'exercice suivant, avec les conséquences que cela emporte sur l'impôt et sur la lecture de la rentabilité.

Stocker dans un autre pays de l'Union fait tomber le guichet OSS

C'est la conséquence la plus coûteuse et la moins anticipée. Le guichet unique OSS permet de déclarer depuis la France les ventes à distance faites à des particuliers d'autres États membres, au-delà du seuil de 10 000 euros de ventes annuelles vers ces pays. Son fonctionnement est détaillé dans le guide consacré au régime OSS.

Mais l'OSS ne couvre que les ventes à distance, c'est-à-dire les biens qui partent d'un pays pour arriver chez un client d'un autre pays. Il ne couvre pas les ventes réalisées depuis un stock déjà situé dans le pays du client.

Or plusieurs places de marché, Amazon en tête, proposent des programmes logistiques qui déplacent automatiquement votre stock vers leurs entrepôts en Allemagne, en Pologne, en Italie, en Espagne ou en République tchèque, afin de raccourcir les délais de livraison. Dès que votre marchandise se trouve physiquement dans un de ces pays, deux obligations apparaissent. Le transfert de stock est lui-même une opération à déclarer. Et les ventes locales réalisées depuis cet entrepôt relèvent de la TVA de ce pays, ce qui rend une immatriculation sur place obligatoire, avec des déclarations locales, dans la langue locale, à des échéances qui ne sont pas les nôtres.

Une case cochée dans une interface vendeur peut ainsi déclencher cinq immatriculations étrangères. C'est le point à vérifier avant d'activer un programme paneuropéen, pas après.

DAC7 : l'administration reçoit déjà vos montants

La directive européenne dite DAC7 s'applique depuis le 1er janvier 2023. Elle oblige les opérateurs de plateformes à transmettre chaque année à l'administration fiscale, avant le 31 janvier, l'identité de leurs vendeurs et les montants qu'ils leur ont versés.

Le détail transmis comprend le nom, l'adresse, le numéro d'identification fiscale, le numéro de TVA, le nombre d'opérations et le montant total de la contrepartie, ventilé par trimestre. Les vendeurs de biens réalisant moins de trente opérations et moins de 2 000 euros de contrepartie sur l'année restent hors champ.

La conséquence est directe. L'administration dispose du montant brut encaissé pour votre compte, plateforme par plateforme, avant même que vous ne déposiez quoi que ce soit. Un chiffre d'affaires reconstitué à partir des seuls virements nets sera systématiquement inférieur aux données reçues, et cet écart est exactement ce que les outils de recoupement cherchent.

Ce qu'il faut retenir

Le virement d'une place de marché est un solde, pas une vente. Votre chiffre d'affaires est le total payé par les clients. Les commissions, les frais de traitement et les remboursements sont des postes distincts, qui ont chacun leur traitement en TVA. Reconstituer ces éléments suppose de télécharger les rapports détaillés chaque mois, pas de recopier un relevé bancaire.

Deux vérifications s'imposent immédiatement si vous vendez déjà sur une plateforme. Votre numéro de TVA intracommunautaire est-il renseigné dans votre compte vendeur, et votre stock est-il susceptible d'être déplacé dans un autre pays de l'Union. La première commande la récupération de la TVA sur les commissions. La seconde peut créer des obligations déclaratives dans plusieurs pays, que le guichet OSS ne couvre pas. Ces deux points se contrôlent en dix minutes et évitent des régularisations qui se comptent en années.

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